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Nous nous proposons d'analyser le sujet du
bonheur et d'essayer de répertorier les moyens par
lesquels nous pouvons l'atteindre.
Tout d'abord, il faut avouer qu'il nous est
difficile de forger un concept concis et précis du
bonheur étant donné que celui-ci fait partie des
choses peu recevables en termes de logique, à
l'instar de l'amour, de la haine et de touts les
sensations et émotions que l'être humain ressent et
expérimente, sans pour autant pouvoir en donner une
définition exhaustive.
En effet, pour ce qui est des moyens d'accéder au
bonheur, ils diffèrent d'un individu à l'autre, si
bien que chacun d'entre nous les conçoivent d'une
façon qui lui est propre et le rattache à la
réalisation de quelque chose qui lui tient
particulièrement à cœur.
En fait, le concept du bonheur est perçu de manière
diverse selon les individus, à tel point que ce qui
réjouit et contente l'un n'est pas forcément source
de félicité pour l'autre.
Par exemple, celui qui manque d'argent s'imagine que
le bonheur réside dans le fait d'en posséder et que
les riches, quant à eux, sont incontestablement
heureux; mais bien vite, cette illusion tombe aux
oubliettes dès lorsque ce même indigent accède à la
fortune sans pour autant en ressentir de bonheur!
Ainsi, il est important de souligner que posséder
peu ou beaucoup n'a pas de sens en soi: la profusion
d'argent comme son manque peuvent tous deux
provoquer l'amertume et la sensation de précarité;
en effet, le pauvre ne se contente pas de ses
maigres ressources tandis que celui qui brasse des
milliers de dollars s'acharne à faire fructifier ses
capitaux -quitte à ne plus avoir le temps de dormir!-
sans jamais néanmoins être pleinement satisfait!
Telle est l'avidité de l'âme humaine; comme nous l'a
rappelée le messager d'Allah (que la paix et la
bénédiction soient sur lui) qui a dit:" Si l'enfant
d'Adam avait une vallée pleine d'or, il aimerait en
avoir une autre. Or, seule la terre remplira sa
bouche (à l'heure de sa mort) et Allah accordera Son
pardon à celui qui se repent"
En outre, la possession a pour corollaire les soucis
et la crainte incessante de la perdre, si bien qu'on
peut finalement se demander si l'on peut réellement
jouir de repos à l'ombre de la richesse!!!
Car celui qui est fortuné pense un jour ou l'autre
que ce sont ceux qui sont privés d'argent qui vivent
dans la félicité, s'imaginant que ces derniers,
exempts de soucis causés par la gestion de biens,
coulent leurs jours dans la sérénité et la stabilité;
tout comme celui atteint de maladie s'illusionne la
plupart du temps en pensant que celui qui jouit
d'une bonne santé ressent les bienfaits dont il est
comblé!!!!!
Quant à celui qui se déplace à pieds, il jalouse
avidement celui qui possède une voiture alors que ce
conducteur, réduit à ne pas pouvoir marcher du fait
des maux qui l'accablent, souhaiterait tant pouvoir
être libre de ses mouvements, sans avoir recours à
son véhicule!!!
Et ainsi de suite!!!Ainsi, certains considèrent un
tel comme l'exemple le plus parlant du bonheur porté
à son apogée, mais s'ils faisaient sa connaissance
et menaient l'existence qu'il mène, ils la
trouveraient insipide et des plus monotones alors
que celui-ci est censé, au regard d'autrui, vivre le
paradis sur terre!!!
D'autres, encore, s'illusionnent en s'imaginant que
le bonheur est lié à un rang social des plus
enviables ou à un poste à hautes responsabilités,
mais s'ils accédaient eux-mêmes à ce statut, ils
souhaiteraient que quelqu'un d'autre supporte à leur
place les charges et la tension auxquelles ils se
trouvent confrontés!!!
Viennent, enfin, ceux qui n'ont pas la chance
d'avoir de progéniture et qui s'en lamentent,
s'estimant maudits ou malchanceux, mais quand Dieu
leur octroie l'enfant tant désiré, ils se plaignent
de la fatigue et des tourments qu'ils ont à
supporter du fait de sa présence!!!
Or, quand bien même l'argent et les enfants sont,
comme le rappelle le Coran, "les parures dans la vie
d'ici-bas" qui peuvent procurer le bonheur, ils n'en
sont pas automatiquement la source?????
Sur ce point, il nous faut rappeler que la
philosophie a tenté, à maintes reprises, d'élaborer
des systèmes cohérents pour tenter de répondre à une
telle question: Ainsi, l'existentialisme, par
exemple, prétend que l'homme est une créature
condamnée à une liberté sans but, ce qui provoque
chez lui une angoisse omniprésente du fait de la
découverte terrifiante de l'imprévisibilité de cette
liberté". " Selon Jean-Paul Sartre, le fondateur de
ce courant, l'être humain est inférieur à l'animal
qui, par le manger et le boire et la copulation
accède au bonheur, n'ayant pas d'autre besoin, si ce
n'est celui d'assouvir ses instincts biologiques.
L'homme, au contraire, se crée sans cesse de
nouveaux besoins et même s'il réalise ses desseins,
il en demande toujours plus pour combler son
angoisse permanente qui n'est rien d'autre que"le
frisson de la conscience devant le vide inhérent à
l'existence même du pour-soi. " Ainsi, dans son
ouvrage 'la nausée' qui exprime des questions
d'ordre métaphysique, Sartre décrit une expérience
irréductible: Celle de la contingence. Selon lui, "toute
existence, injustifiable, injustifiée, est dépourvue
de fondement logique."Son héros 'Roquetin' se sent
soudainement, au printemps, dans un jardin public,
en proie à une 'nausée existentielle' qui lui
dévoile peu à peu l'absurdité et "la non-déductibilité
de l'existence".
"Exister, c'est être là, simplement; les existants
apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne
peut jamais les déduire."
Sartre incarne ainsi l'existentialisme athée: Pour
lui, Dieu est mort, tout est permis. Car la liberté,
dès lors, se construit sur les décombres de Dieu
puisqu'il est rien au ciel, ni bien, ni mal pour
donner des ordres à l'homme.
Finalement, pour les existentialistes, l'humain est
une erreur de la nature, une créature déambuler sans
but et sans fin dans le labyrinthe d'une vie
détestable.
Les Marxistes, de leur côté, ont élaboré une
idéologie de "l'activité pratique" (la praxis:
énergie pratique humaine et sociale, appréhendée
chez Karl Marx comme le critère essentiel du Vrai).
Ainsi, selon leur vision, l'homme est aliéné dans
des puissances économiques ou religieuses qui le
dépassent; d'où la mission du prolétariat et la
révolution qui tendront à sauver le destin de
l'humanité toute entière, à supprimer les conditions
historiques de l'humiliation et de l'asservissement
pour accéder au bonheur.
En bref, à leurs yeux, l'histoire des hommes se
confond désormais avec celle de la production des
moyens d'existence tandis que le travail et
l'assouvissement, par son biais, de leurs besoins
matériels et physiologiques sont censés de procurer
le bonheur le plus complet!!!
Le problème, c'est que de tels systèmes
philosophiques n'ont retenu de l'homme que son
aspect matériel. Or, celui-ci n'est pas une simple
entité corporelle vouée à la déréliction mais
possède également un 'cœur' qui a besoin d'être
nourri. Ainsi, notre être doit trouver un juste
équilibre entre 'la chaire' et 'l'âme'.
C'est pourquoi l'Islam prend en compte cette
dialectique en considérant les besoins aussi bien
matériels que spirituels de l'homme, et en octroyant
un sens à sa vie et une philosophie de l'existence,
basée sur la sagesse des prophètes.
L'homme est là pour être mis à l'épreuve, ce que le
Coran met en exergue.
Dieu, en effet, dit:"Béni soit celui dans la main de
qui est la royauté, et Il est Omnipotent. Celui qui
a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et
savoir) qui de vous est le meilleur en œuvre, et
c'est Lui le Puissant, le Pardonneur."[Sourate: la
Royauté, Versets:1-2].
Ou, encore, dans la sourate: La vache,
Versets155-156-157: {Très certainement, Nous vous
éprouverons par un peu de peur, de faim et de
diminution de biens, de personnes et de fruits. Et
fais la bonne annonce aux endurants, qui disent
quand un malheur les atteint:" certes nous sommes à
Allah, et c'est à Lui que nous retournerons, Ceux-là
reçoivent des bénédictions de leur Seigneur, ainsi
que la miséricorde; et ceux-là sont les biens guidés.}.
Ainsi, tout ce que nous possédons en termes de biens,
de terres, d'argent ou d"enfants ne sont que des
moyens par lesquels Dieu nous teste pour nous
châtier ou nous récompenser, selon le bon ou le
mauvais usage que nous en faisons.
Aussi, s'il est indéniable que le matériel contribué
à notre bien-être; le bonheur ne consiste pourtant
pas dans l'accumulation de richesses, dans le fait
de jouir du pouvoir, en effet, est une chose
abstraite, dans le fait de jouir du pouvoir, de la
célébrité ou d'avoir de nombreux enfants.
Le bonheur, en effet, est une chose abstraite
imperceptible à l'œil, inquantifiable et non
monnayable. C'est bien plutôt une sensation de
pureté et de sérénité intérieures que l'homme
éprouve du fait de sa croyance en Dieu. Aussi, le
bonheur, c'est quelque chose qui jaillit de
l'intérieur et qui ne peut, en aucun cas, provenir
de l'extérieur. Il se trouve ainsi dans la foi, et
la foi est dans le cœur, et le cœur c'est Dieu seul
qui le contrôle.
En guise de conclusion, méditons ces quelques
paroles d'Ibn Qayyim:" il y a dans le cœur un vide
qui ne peut être comblé que par la proximité avec
Dieu; il y a la désolation qui ne peut être éliminée
qu'en recherchant la compagnie de Dieu; il y a la
tristesse qui ne peut être supplantée qu'en
jouissant du bonheur de le connaître et d'être
sincère en le servant; il y a les soucis qui ne
peuvent être oubliés qu'en s'élançant vers Lui; la
flamme des regrets ne peut être éteinte qu'en étant
satisfait de Ses commandements, de Ses interdictions
et de Ses jugements et en y adhérant jusqu'à la
mort; et il y a un fossé qui ne peut être comblé que
par Son amour, la demande de repentir, Son souvenir
permanent et en faisant preuve de sincérité pour
servir Sa cause. Sans cela, le fossé ne sera jamais
rempli même si le monde d'ici-bas et tous ses
apparats s'y trouvaient".
Texte écrit par: Catherine Candellier (Khadija
abderrahman)
A consulter: Ibn Al Qayyim, Madarij Al Salikin
(degrees of those pursuing the way to Allah)
- Elisabeth Clément, La Philosophie de A à Z,
collection Hatier.
- Jean-Paul Sartre, La Nausée, collection Gallimard.
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