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J'ai la chance depuis sept ans de vivre en Égypte,
ce qui m'a permis de réfléchir longuement sur les
avantages et les inconvénients de ce qu'on
appelle"le monde moderne" et de le comparer avec le
monde arabo-musulman considéré comme "arriéré" et
j'en ai tiré la conclusion suivante: tous deux
vivent dans l'incompréhension, ce qui mène peu à peu
à une confrontation, surtout du fait de l'extrême
nombrilisme des pays de l'ouest qui veulent édifier
comme standard universel leur système de vie et de
pensée, tout en faisant la sourde oreille aux
revendications et aux spécificités des autres.
Or, s'il est vrai que l'Égypte, par exemple, est
touchée par le sous-développement, il me semble
pourtant que ce pays et ses habitants-surtout par
leur religion- ont beaucoup à apporter à l'humanité.
Malgré le manque de moyens et de la mauvaises
distribution des richesses qui empêchent le pays
d'avancer comme il le faudrait, on y trouve des gens
très patients qui supportent toutes sortes de
calamités et des"cerveaux" qui issus, pour la
plupart, de milieux modestes, n'en possèdent pas
moins une intelligence aigue et une richesse
intérieure immense.
Aussi, ce que j'ai appris des arabes en dépit de
toutes leurs déficiences et leurs défauts, c'est le
cœur et la générosité. Ce sont des gens qui savent
regarder les autres, échanger et sourire des
difficultés de la vie quotidienne. Leur énergie et
leur potentiel, c'est leur trésor intérieur qui,
demain, leur permettra de soulever des montagnes et
de faire face aux plus grands défis de notre temps.
Or, quand j'arrive du Caire et que je descends à
l'aéroport Paris-Roissy, je ressens le froid glacial
des citadins sédentaires qui, oublieux des vérités
premières, vont au plus pressé. Ceux-ci ne
connaissent ni le froid, ni la chaleur, ni la
privation, ni la faim. S'ils ne peuvent nier le
caractère inéluctable de la mort, ils ne préfèrent
pourtant pas y penser, au point d'en utiliser une
nouvelle terminologie: on ne dit plus"un tel est
mort", on opte plutôt, de façon à "aseptiser" la
douleur, pour le rassurant euphémisme"un tel nous a
quitté". Comme si le destin de l'homme était de
vivre à tout jamais et de ne pas avoir à"mourir"
mais juste à "voyager"! Tel est le délabrement de la
trame spirituelle de la civilisation occidentale: on
y écoute le vent, on y ausculte la terre, on y
interroge le ciel mais on en tire aucune conclusion,
ni sagesse… Dieu est mort… le christ se voit affublé
dans une revue française datée de 25 avril 2005 d'un
préservatif flambant neuf ou se meut sur un fond
adultérin dans le" Da Vinci code" tandis que
Mohammad dans le journal danois"Jylland posten" Se
transforme en piètre paysan, meneur d'âmes ou sous
un aspect stalinien, chef de guerre des terroristes…Tout
est permis, le principal est de "consommer" la vie
selon le "carpe diem" épicurien sans se poser la
question du "pourquoi"…On dénigre l'autre, on tourne
en dérision ses valeurs sans remettre en cause ses
propres références…car, enfin, l'Europe assiste de
plus en plus au déclin de sa foi religieuse mais a ,
en même temps, de plus en plus de mal à constituer
des valeurs de substitution, d'où les problèmes dans
les banlieux, la violence à l'école, les
manifestations étudiantes qui témoignent plus d'un
désespoir que d'une volonté et énergie créatrices,
la débâcle du gouvernement, le taux de criminalité
en recrudescence…Oui, "l'humanitaire" hérité de mai
68 n'a pas su combler le vide qui trouve son origine
dans un individualisme à outrance…L'Europe a perdu
ses repères: la cohésion des peuples a nettement
diminué, les raisons de vivre ensemble se sont
fragilisées et les hommes éprouvent maintes
difficultés à faire face à une telle vacuité…
Mais quel est donc le nouvel archétype du monde
moderne? C'est le "monsieur tout le monde" qui court
du matin jusqu'au soir de la maison au boulot, qui
possède une superbe maison, qui a une femme, des
enfants et de temps à autres"une petite copine", qui
regarde la télé à défaut d'avoir le temps de lire et
qui parraine un enfant déshérité du tiers-monde,
question de se donner bonne conscience. Brèf, c'est
l'homme bien rasé, vêtu d'un merveilleux costume
sans faux-pli qui mène une vie dynamique,
disciplinée, extrêmement organisée.
Et puis un jour, le destin le rattrape, les épreuves
l'attendent au coin de la rue:maladie inattendue,
licenciement, mort d'un proche, divorce, enfant qui
se suicide…
Alors, tout à coup, ce colosse consumériste s'arrête,
abasourdi, et s'interroge:"pourquoi je vis? C'est
quoi, en fait, l'existence? Pourquoi les autres
autour de moi continuent à courir au rythme"métro,
boulot, dodo" sans me porter secours, sans même
sentir mon désarroi? Est-ce que je suis devenu fou?"
Non, bien entendu, les pays arabo-musulman n'ont à
proposer "ni lard ni cochon"(!) mais bien plutôt une
éthique de vie qui redonne une place à l'homme en
tant que créature spirituelle. L'Islam, ce n'est pas
ni la stagnation, ni le dogmatisme mais c'est
l'ouverture à l'autre et le bonheur d'être un homme…
Alors, au lieu de rejeter"les barbus" ou "ces êtres
à burnous", approchez-les et apprenez à les
connaître! Peut-être aurez-vous la chance de faire
la conjonction entre Orient et Occident et d'en
avoir une version plus véridique, loin des
élucubrations des médias et de leurs amalgames
mensongers…
Texte écrit par: Catherine Candellier
(Khadija Abderrahman)
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